Liste de livres sur le violon

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Zouzou300
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par Zouzou300 »

Merci Salome pour ce conseil !
Puisqu'on est dans la sociologie de la musique, je vous signale ce livre : L'orchestre dans tous ses éclats. Ethnographie des formations symphoniques, Bernard Lehmann, éditions La Découverte, 2002.

Image

Il n'est plus édité et n'existe aujourd'hui que d'occasion, mais vous pourrez certainement le trouver en bibliothèque si vous souhaitez le lire. Plusieurs librairies proposent également de le commander.

Résumé de l'éditeur : Au terme d'un travail d'enquête mené durant près de cinq années au sein des principaux orchestres parisiens, Bernard Lehmann a entrepris, dans ce livre, de mettre au jour les hiérarchies et lignes de fracture invisibles, multiples, tant musicales que sociales qui traversent les formations symphoniques. Il met en évidence le lien entre le prestige symbolique d'une famille instrumentale et le recrutement de ses praticiens : aux cordes fréquemment originaires de milieux dominants, s'opposent les cuivres issus des milieux plus défavorisés. Mais, paradoxalement, les orchestres, dans leur fonctionnement interne, produisent aussi des classifications qui contredisent les hiérarchies sociales : les moins favorisés socialement se trouvent détenir les postes de soliste les plus enviés et les salaires les plus élevés, quand les plus dotés sont souvent renvoyés à l'anonymat des positions de tuttistes. À travers de nombreux portraits de musiciens, l'auteur montre comment ces hommes et femmes vivent au quotidien leur métier de musicien d'orchestre, relisent leur passé, parlent d'eux, acceptent ou non de jouer le jeu du chef lors des répétitions. En somme, à rebours de ce que laisse entendre le moment du concert et de l'interprétation, Bernard Lehmann affirme sans détour : le musical, c'est aussi du social.
https://www.editionsladecouverte.fr/l_o ... 2707146106

Table des matières :

Introduction
Question de méthode
Les formations étudiées
1. Structure et morphologie de l'orchestre
Les vents en quête de légitimité
Comment disposer les musiciens ?
Morphologie de l'orchestre
2. Les hiérarchies sociales de l'orchestre
Les propriétés sociales des musiciens
Les premiers pas et le choix de l'instrument
La rationalité professionnelle des héritiers
La musique en famille
Les aléas de l'offre instrumentale en milieux populaires
3. Hiérarchies statutaires de l'orchestre et moments clés de la carrière
Les héritiers sur les rails
Les déclassés
Les instrumentistes promus
4. Trajectoires d'exception de deux autodidactes
Jérôme : entre le jazz et le classique
Jean ou la vie comme un conte oriental
5. La terre promise : les usages sociaux des activités hors de l'orchestre
Le Conservatoire de Paris comme lieu de constitution de relations professionnelles
Les déclassés et le quatuor
Le sens pratique des héritiers
Les promus : entre le jazz et la java
6. Points de vue sur l'orchestre
L'orchestre vu des cordes
L'orchestre vu des vents
7. La répétition : construction sociale de l'interprétation
L'organisation des répétitions
Du pouvoir absolu des chefs à la réalité des répétitions
Les musiciens entre eux
8. L'orchestre en représentation : l'unité recomposée ?
L'orchestre poreux
La fosse de l'Opéra comme lieu de profanation des rituels
Les programmes annuels de concerts
L'Orchestre télévisé
Conclusion

Commentaire personnel :

Grâce à une enquête par observation de répétitions et de concerts et par entretiens avec les musiciens, l'auteur met en évidence les structures sociales internes d'un orchestre. Il montre la différence nette entre les instrumentistes à cordes, originaires des classes les plus favorisées, aux vents dont l'origine est plus souvent populaire : paradoxalement peut-être, au sein de l'orchestre, les cordes sont pour beaucoup tuttistes et peu mises en valeur, tandis que les vents sont plus souvent solistes. Des différences de goûts et de pratiques culturelles existent aussi, l'exemple typique est celui des cordes qui lisent Le Monde pendant que les vents lisent L'Equipe.
Ces distinctions peuvent paraître grossières, mais l'auteur en fait une analyse plus fine : par exemple en distinguant les familles des bois et des cuivres parmi les vents, les basses et les violons chez les cordes... Il revient aussi sur les différences entre les "héritiers", ceux dont les parents étaient eux-mêmes musiciens professionnels, et les autres : en effet, les "héritiers" acceptent sans broncher la rigueur de l'apprentissage musical et l'anonymat des rangs de l'orchestre, de même que certains musiciens d'origine populaire, tandis que ceux d'origine favorisée peuvent vivre cet anonymat comme un déclassement.
Il y a aussi une partie sur l'apprentissage des instruments à cordes et l'approche "mécaniste" déjà évoquée dans ce fil, par laquelle la majorité des cordes sont passées et dont ils gardent les traces dans leur approche de l'instrument. J'ai particulièrement savouré le fait que l'auteur cite Dominique Hoppenot à ce sujet. Il parle aussi des conservatoires où les futurs professionnels travaillent principalement des pièces de musique de chambre (sonates, quatuors...) ou des solos de concerto, où leur jeu personnel est mis en valeur, ce qui crée une frustration à l'arrivée dans l'orchestre où il faut au contraire créer un "son de pupitre" qui ne montre pas l'individualité de l'artiste.

C'est souvent très bourdieusien, l'accent est mis sur les hiérarchies et la domination, tant dans l'origine sociale des instrumentistes que sur leurs positions au sein de l'orchestre. On est en 2002, et on sent qu'à cette époque-là les idées de Bourdieu prennent toute la place dans la recherche en sociologie. En faisant la même enquête aujourd'hui, on s'intéresserait peut-être plus au sens donné par les musiciens à leur activité professionnelle, leur présentation d'eux-mêmes vis-à-vis de leur entourage, la manière dont ils intériorisent et expliquent les divisions de l'orchestre...

Le livre est structuré de manière intéressante : les chapitres sont chronologiques et vont du choix de l'instrument à la professionnalisation et l'entrée à l'orchestre, puis aux répétitions et concerts. Personnellement j'ai trouvé les premiers chapitres plutôt barbants (bourrés d'évidences et de redites), la qualité de l'analyse augmente au fur et à mesure des chapitres, à l'exception du dernier qui selon moi part dans tous les sens et surinterprète sociologiquement des choses qui ont un sens musical (mais l'auteur dirait peut-être que l'orchestre met ainsi en place un système d'autodéfense face à une analyse sociologique qui remet en question l'ordre établi :rolleyes: ). Mention spéciale pour le chapitre 7 sur la construction de l'interprétation et le travail d'ajustement entre l'orchestre et le chef, j'aurais presque voulu qu'il soit plus long : l'auteur développe trois exemples de répétitions qu'il présente comme des idéaux-types, j'aurais voulu d'autres exemples pour montrer la diversité de ce que chaque idéal-type peut recouvrir.

De manière globale, je dirais que c'est une lecture qui en vaut la peine. Le livre se lit facilement, peut-être un peu plus lorsqu'on a des notions de sociologie, mais les nombreux témoignages et exemples permettent de rentrer facilement dans l'analyse de l'auteur. Par contre, si vous êtes allergique aux analyses de type Bourdieu, fuyez, ce livre représente un danger pour votre santé :tongue:
Je précise aussi qu'il faut s'attendre à être parfois "dérangé" par les analyses, mis mal à l'aise... C'est normal quand on lit un livre de socio sur notre propre univers (essayez avec un livre sur votre métier ou un autre de vos loisirs, vous verrez !), surtout avec l'analyse de la domination au sein de l'orchestre que développe l'auteur, vu qu'en tant que "cordes dominantes", on a l'impression de passer pour les grands méchants de l'histoire... Il faut y être prêt, se dire qu'on n'a pas choisi d'être "dominant" plus que d'autres ont choisi d'être "dominés" (je mets des guillemets car les frontières de cette catégorisation sont plus floues que ça, il faut lire le livre pour comprendre). Prendre un peu de recul sur les analyses de l'auteur, boire une tisane, lire un peu de Goffman, et puis ça ira :)
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par Cedin16 »

merci Zouzou , je crois que je vais me pencher sur ce livre .....
j'ai moi même une certaine expérience de l'orchestre , a deux postes principaux ... violon et aujourd'hui violoncelle ....
le luthier m'avait dit quand je suis parti avec mon premier cello ( le même a qui j'avais acheté mon violon 35 ans auparavant :D ) , bien venue dans un mode nouveau ... vous verrez il correspond mieux a votre personnalité ...
Je n'avais pas compris .....7 ans apres j'ai une autre vision des choses.. et je pense avoir saisi une partie de sa réflexion .... :D
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par LionelB »

L’âme et la corde
Ivry Gitlis
Buchet Chastel 1980
Témoignage
306 pages
Image
https://www.buchetchastel.fr/catalogue/ ... -la-corde/


Critique du livre :

L’auteur commence par nous raconter son enfance ballottée, comme de nombreux Juifs, en ce début de XXe siècle. Puis viennent ses débuts au conservatoire de Paris à 12 ans et ses premiers concerts.

Le plus intéressant dans cette partie, est de prendre conscience, avec lui, de la différence entre jouer (comme soliste) avec et sans orchestre ou alors d’assister à sa compréhension d’une œuvre et de l’impact que cela a sur son interprétation. Comme par exemple lors de sa première expérience d’enregistrement.

Ensuite, il aborde son passage entre les mains d’Enesco, de Flesch… Ses nombreux déménagements, son aversion à se produire devant de petits cercles qui le jugent et décident de son avenir. Et finalement la guerre sous les bombes à Londres. Une période très malheureuse de sa vie.

Il joue dans les usines, les hôpitaux, pour les soldats, les anciens combattants… Mais il ressent fortement l’absence d’un mentor musical pour l’aider à progresser. Plus tard, il déclarera que c’est sûrement grâce à cette solitude qu’il a pu développer son propre sens musical.

Il fait preuve d’une forme de lucidité tragique sur la pertinence du conservatoire, voir de l’enseignement en général. Tout parent de prodige devrait lire son témoignage pour comprendre le risque inhérent à ce type de structure.

Viennent ensuite les années d’après-guerre où il rencontre des personnalités qui lui permettent enfin d’évoluer musicalement et de démarrer sa carrière.

Dans la dernière partie, il développe une réflexion originale et intéressante sur ce que doit être un festival de musique et plus généralement sur le rôle des artistes dans la société. Par contre les derniers chapitres sont peu intéressants.

C’est un homme à la psychologie complexe. Il a une relation douloureuse avec les autres et se questionne beaucoup. Le concept de « vrai ami » est pour lui une quête du Graal, centrale et impossible. Finalement, la photo de couverture est particulièrement bien choisie. Tout Gitlis en un coup d’œil.

Un livre avec des passages intéressants mais assez sombre.

Citations :

« Enesco donnait des images. Je vivais ces leçons comme si c'était sur une barge sur la mer. La mer peut être houleuse, mais elle porte, elle porte toujours. Rien n'enfermait, tout était ouvert sur le monde. Une matrice qui te donne la vie et qui est toi. Là est la différence entre un professeur et un maître. Enesco était un homme de la terre roumaine où la musique fait partie de la vie et n'est pas un luxe. Un Tzigane. Un pianiste admirable. Quand il travaillait avec toi, c'est lui qui t'accompagnait au piano. Cet homme était avec toi - la traversée, on la faisait à deux. Ce voyage était une expérience totale. Tout était sculpté en toi, et plus personne ne pourrait te le prendre. Même si tu te défendais contre cette expérience, elle demeurait inaliénable. »

Pour aller plus loin :

Grand entretien : Ivry Gitlis (Philharmonie de Paris) : https://m.youtube.com/watch?v=IJ0VsO06Sy4

Ivry Gitlis - UN VIOLON, UNE VALISE (Archive de l’INA) : https://m.youtube.com/watch?v=nPmlhByPMlA
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par Cedin16 »

Merci pour ce commentaire Lionel.

Gitlis .... tout une histoire ...

Je crois que je peux dire que je l'ai connu personnellement c'est un type qui trimbalait un sac a dos (comme nous en avons tous un )mais le sien était très très chargé, il ne lui a pas empêché d'aller loin très loin ...un tres grand coeur ... mais le sac a dos n'était jamais loin et le poids se faisait sentir .
C'est je pense ce qui lui a donner sa personnalité.
Chaque fois que je l'ai vu en concert , ce n'est pas Beethoven ou Bach ou ... que nous allions écouter... mais Gitlis !
La Photo ... oui comme tu le dis !! Tout Gitlis en un coup d'oeil !
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par jépadçon »

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Image
J'avais participé avec Ivry Gitlis et Jean Schmitt à une action de divulgation de la musique et du violon pour les enfants à Guéret en 1980, relatée dans ce livre.
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par Cedin16 »

jépadçon a écrit : lun. 11 mars 2024 12:16 Image
Image
J'avais participé avec Ivry Gitlis et Jean Schmitt à une action de divulgation de la musique et du violon pour les enfants à Guéret en 1980, relatée dans ce livre.
merci pour l'anecdote, Il était toujours accessible et partant pour ce genre de chose...
moi j'ai fait sa connaissance a force de le voir dans des concerts qu'il donnait dans les années 70- 80 en RP régulièrement dans des petites salles ou églises..il m'avait repère comme ado assidu de ses concerts....
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par jépadçon »

Cedin16 a écrit : lun. 19 avr. 2021 09:29 @ Zouzou
Bon résumé .

Il y a quelques invraisemblances aussi comme un montage de violon, chevalet âme corde + réglage en je ne sais plus mais 30 minutes ...je crois me souvenir ....

Il faut se laisser porter par l'âme du livre et laisser la raison dans un tiroir .
Du même auteur, assez bien renseigné sur la lutherie et le milieu des instrumentistes. Pas mal.
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par LionelB »

C’est en fait une trilogie avec à chaque fois un instru (violon, alto et violoncelle. Les 3 tomes ont une bonne critique dur Babelio.
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par LionelB »

Listen to this, La musique dans tous ses états
Alex Ross
Actes Sud 2015
Analyse / Essai
504 pages
Image
https://www.actes-sud.fr/node/50352

Critique du livre :

Entre mes mains, repose un pavé, une brique noire et blanche. Y sont rassemblés 20 textes, mi-articles, mi-essais. Alex Ross, leur auteur, critique musical pour The New Yorker, y déploie sa culture, son intelligence et son talent pour mettre en perspective des ensembles complexes. Certains chapitres sont d’une richesse référentielle qui donne le tournis, au risque de noyer son lecteur, mais d’autres sont d’une justesse confondante. Voici quelques mots sur 3 d’entre eux.

Je commencerai par l’article « Mozart, le juste milieu, au nom du père » qui est tout simplement passionnant ! Il fait une synthèse des dernières recherches afin de nous donner une image globale de sa personnalité et de son approche de la composition. Cela apporte une vision très différente de celle portée par la croyance populaire et rend ce grand génie encore plus intéressant. Un magnifique travail d’érudition et de synthèse.

Dans celui sur « Les machines infernales, comment l’enregistrement a changé la musique », l’auteur aborde une question aussi vieille que l’invention des moyens d’enregistrements. Une question vieille, mais toujours aussi polémique. Ivry Gitlis dans « L’âme et la corde » donne rapidement son point de vue, mais Alex Ross se saisit de cette question avec conviction et parti pris assumé. Il reprend les arguments des uns et des autres et les travaille jusqu’à en arriver à sa conclusion personnelle. L’enregistrement n’est pas une aliénation, mais un étonnant « retour au point de départ ». Un travail étayé et documenté particulièrement éclairant.

Pour finir, je mentionnerai « Au bout du silence, regard sur John Cage » où l’auteur nous fait partager l’expérience de l’incroyable « 4’33’’ ». Puis il déploie une analyse pointue de la personnalité de John Cage, comme de l’évolution dans le temps de son œuvre. Un regard admiratif et pourtant sans complaisance.

Avec ces quelques articles, j’espère vous avoir donné envie de vous plonger, au moins par intermittence, dans cet ouvrage particulièrement érudit.

Citations :

Mozart, le juste milieu, au nom du père

« Bien au contraire, on dispose maintenant de nombreux éléments probants qui permettent de comprendre pourquoi et comment il est parvenu à mûrir et à affiner ses idées jusqu'à une sorte de perfection technique et esthétique. l'examen approfondi des brouillons et esquisses qu'il a laissés (Constance s'est hélas débarrassée de nombreux manuscrits) révèle qu'il lui arrivait parfois de commencer une pièce, de la mettre de côté, puis d'y revenir des mois ou des années plus tard. On voit également qu'il réécrivait plusieurs fois les passages problématiques ou épineux, jusqu'au meilleur équilibre. Si un premier jet le laissait insatisfait, il n'hésitait pas à reprendre tout un mouvement du début. Avant de mettre la dernière main à un air d'opéra, il préférait qu'une chanteuse chevronnée s'y soit essayée. Pour le musicologue allemand Ulrich Konrad, cette réserve de matériel musical contient autant de "points de départ [...] comme la délimitation d'aires intellectuelles auxquelles le compositeur pouvait revenir aussi souvent que nécessaire". Autrement dit, la musique telle qu'elle s'élaborait dans son esprit devait ressembler à la carte de différents territoires incomplètement explorés. D'une certaine manière, il travaillait à toutes ses œuvres simultanément, et à tout instant. La nouvelle image qui nous est donnée de lui, celle d'un perfectionniste de l'improvisation permanente, paraît finalement encore plus intimidante que celle du porte-plume de Dieu qui a longtemps prévalu. »

Les machines infernales, comment l’enregistrement a changé la musique

« Katz consacre l'un de ses chapitres à la description d'une évolution dans la technique violonistique survenue durant la première moitié du XX* siècle. Les enregistrements laissés par les pionniers du disque, de même que certains documents écrits, laissent supposer que le vibrato (imprimé par les doigts de la main gauche du violoniste sur les cordes qu'elle presse sur la touche) était alors utilisé de façon bien plus parcimonieuse qu'il ne l'a été depuis l'entre-deux-guerres. Au cours des années 1920 et 1930, bien des violonistes en vue se sont mis à favoriser une sorte de vibrato continu au point d'en faire un style d'interprétation appliqué indistinctement à tous les répertoires et enseigné comme tel dans les conservatoires. Pour Katz, ce changement est une des conséquences des techniques d'enregistrement de l'époque. Il semble que les premiers microphones électriques à membrane aient mieux réagi à une sonorité vibrée qu'à un son plat et tenu sans vibrato. La juxtaposition rapide et uniforme de plusieurs fréquences rapprochées engendre une sonorité plus puissante, plus épaisse, sonnant de façon plus satisfaisante sur les appareillages rudimentaires d'alors. En outre, un vibrato systématique permettait à certains artistes de remédier par l'artifice à une intonation défaillante ou imprécise, défaut assez courant à l'époque. Ainsi, très tôt dans son histoire, le disque a amené les artistes à accorder plus d'importance qu'auparavant à cet aspect de leur jeu. Et, naturellement, ce qui avait fait ses preuves dans le studio n'eut aucune difficulté à se propager dans les salles de concert et les institutions d'enseignement. »

Au bout du silence, regard sur John Cage

« Le 29 août 1952, le pianiste David Tudor faisait son entrée sur la scène du Maverick Concert Hall, non loin de la bourgade de Woodstock, dans l'ouest de l'État de New York. S'étant assis au clavier, il ne produisit aucun son pendant les quatre minutes et demie qui suivirent. Il venait d'interpréter une pièce conceptuelle de John Cage, intitulée 4'33". Cette œuvre mythique fut rapidement surnommée " pièce muette" , mais son but était clairement de forcer l'auditoire à une concentration auditive maximale en créant un sentiment d'expectative. "Il n'y a rien de tel que le silence". Disait le compositeur en se remémorant cette soirée inaugurale. "Pendant le premier mouvement, on entendait le vent qui sifflait à l'extérieur, entre les branches des arbres. Au cours du second, de grosses gouttes de pluie commencèrent à tambouriner sur le toit, tandis que le troisième et dernier permit d'entendre toute une gamme de bruits intéressants en provenance du public, qui s'était mis à discuter ou se levait pour prendre congé". De toute évidence, une bonne partie des auditeurs n'avait que faire de l’expérience qui se déroulait sous leurs yeux. »

Pour aller plus loin :

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire écouter le 4'33" interprété par le Berliner Philharmoniker : https://m.youtube.com/watch?v=AWVUp12XPpU
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par Cedin16 »

LionelB a écrit : dim. 17 mars 2024 12:37
Pour aller plus loin :

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire écouter le 4'33" interprété par le Berliner Philharmoniker : https://m.youtube.com/watch?v=AWVUp12XPpU

Merci pour le partage , je ne connaissais pas cette interprétation :super:
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par LionelB »

Pour l’amour d’un Stradivarius
Pierre Amoyal
Robert Laffont éditions 2004
Témoignage
228 pages
Image
http://laffont.ca/auteur/pierre-amoyal/

Critique du livre :

Cette fois-ci, je vais faire une critique particulièrement atypique. Quand je l’ai entamé, elle commençait comme cela :

« Le livre s’ouvre par le récit du célèbre vol de son stradivarius laissé dans sa Porche. Puis revient à ses jeunes années. Il est issu d’un père juif pied noir d’Algérie d’ascendance espagnole et d’une mère russe réfugiée de la révolution. À la suite de la séparation de ses parents et du remariage de sa mère, il se met compulsivement au violon à l’âge de 7 ans afin de s’isoler du monde qui le blesse.»

S’écoulent ensuite 3 années avant que je ne revienne pour la finir !

Je pourrai faire un commentaire banal sur une autobiographie de plus, comme celles de Kremer ou Capuçon. Ce livre n’est pas dénué d’intérêt, mais ne contient pas non plus d’éléments particulièrement marquants.

Le souci est que sa lecture m’a laissé un goût amer. Il y a au moins 2 passages « problématiques » qu’Amoyal assume, voir revendique et cela me le rends fort peu sympathique. Je vais donc plutôt vous les présenter.

Au préalable, Il faut vous préciser qu’il a été l’élève de Jascha Heifetz. Que celui-ci a eu très peu d’élèves dont il s’est occupé pendant autant d’années. D’ailleurs sûrement le seul à qui il a offert un magnifique violon. Heifetz cherchait un élève qui aurait le niveau pour s’élever et supporter son niveau d’exigence. Il a donc choisi Amoyal.

Jascha Heifetz, en tant que juif ayant vécu la guerre ne pouvait accepter de jouer avec Karajan qui avait été un membre officiel et actif du parti nazi. C’était pour lui un point explicite et non-négociable dans le contrat moral entre le maître et l’élève.

Le premier point qui m’a gêné est donc la trahison de cette promesse en jouant avec Karajan. Il l’explique par le fait qu’ensemble, Karajan et lui ont porté au sommet leurs génies respectifs et que l’atteinte de cette perfection justifie à elle seule son renoncement…

Le second point qui m’a gêné est le récit qu’il fait d’une de leur dernière rencontre. Il raconte avoir rencontré le maître très affaibli par l’âge et l’avoir aidé à jouer en lui manipulant le bras droit pour l’aider à changer de corde.

La description de cette scène, même s’il la tourne en se donnant le bon rôle, m’a laissé, à tort ou à raison, un sentiment d’humiliation pour le maître. Je ne suis pas sûr qu’il aurait apprécié qu’on le montre dans cet état… Mais ça fait une « belle » anecdote pour clôturer le livre.

Tout cela me fait penser qu’Amoyal n’a que peu de respect pour celui qui lui a tout donné.

Je ne recommanderai donc pas plus ce livre que d’autres qui sont au même niveau d’intérêt, mais dont la personnalité de l’auteur est moins ouvertement égocentrique.

Citations :

« J’eus donc entre les mains un petit instrument aux dimensions de mon âge. Pour m’encourager, ma mère acheta un disque : le concerto pour violon de Tchaïkovski joué par Jasha Heifetz. Je me rappelle avec la plus extrême précision le moment où j’ai placé l’aiguille sur le microsillon. Dès les premières notes, j’eus comme une révélation : je ne me contenterais pas de subir le pouvoir envoûtant de la musique, je me l'arrogerais, j’apprendrais à le faire naître dans ma tête et entre mes doigts, à imposer le silence aux autres. »

« À neuf ans, j’entrai au Conservatoire de Versailles. Ma mère m’inscrivit aux cours par correspondance, organisés par l’éducation nationale pour les handicapés. N’étais-je pas un handicapé moi aussi, comme tous les enfants surdoués qui brûlent les étapes et sont privés de l’insouciance propre à leur âge ? »

« Un jour, lors de ma dernière année à Los Angeles, arrivant en cours, je vis, posée sur le piano, une boîte de violon qui n’était pas là d’habitude. […] Jasha Heifetz me dit :
Ouvre cette boîte, essaie cet instrument.
[…]
Comment tu le trouves ?
C’est le meilleur violon que j’ai jamais eu entre les mains.
C’était la vérité.
Considère qu’il est à toi.
Je sus par la suite que ce violon […], n’était pas un instrument qui lui appartenait […]. Il alla l’acheter chez le meilleur luthier de Los Angeles […].
Je ne suis pas sûre que les donneurs de leçons qui accablaient Jasha Heifetz de leurs sarcasmes auraient été capables d’une telle générosité. »

« La plupart des grands concertistes internationaux tournent avec une dizaine de sonates. C’est peut-être regrettable, mais les mélomanes et les organisateurs de concerts le veulent ainsi. Dans le répertoire pour violon, les trois best-sellers sont la sonate à Kreutzer de Beethoven, la troisième sonate en ré mineur de Brahms et la sonate pour violon et piano de Franck.
»

Pour aller plus loin :

Le spectacle tiré du livre : https://m.youtube.com/watch?v=XnT-Q66lBNc

Le concerto à la mémoire d’un ange avec Karajan (le fameux concert qui a brouillé Amoyal et Heifetz) : https://m.youtube.com/watch?list=LLZvWF ... jfDMyDAb54
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par Cedin16 »

Indéniablement , Un tres grand Violoniste et tres bon prof semble t il .
Le personnage est plus controversé.
Dernière modification par Cedin16 le mar. 19 mars 2024 13:16, modifié 1 fois.
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par LionelB »

Oui l’un n’empêche pas l’autre ! :super:
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Triomph
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par Triomph »

Coucou,

Excellent sujet!
Au temps pour moi qui commence en ce moment à apprendre à jouer du violon.
Merci beaucoup
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LionelB
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Re: Liste de livres sur le violon

Message par LionelB »

Pour ma part, tu pourras aussi retrouver l’ensemble de mes critiques ici : https://www.babelio.com/liste/10052/Le- ... a-musique-

Le format est moins riche car il n’y a pas la section « pour aller plus loin » par contre il y a des notes et un classement.
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